Retour sur le stage de formation "Chaplin et la critique du pouvoir"
Stage organisé dans le cadre de Lycéens et apprentis au cinéma - Académie de Bordeaux
En partant du Dictateur, chef d'œuvre intemporel (et ô combien d'actualité) de Charlie Chaplin au programme du dispositif cette année, ALCA et le rectorat ont coconstruit un stage de formation de 2 jours, qui s'est tenu les 21 et 22 janvier derniers, en présence de 65 enseignants.
Ce stage fait partie des nombreuses propositions de formation continue offertes durant l'année aux enseignants inscrits à Lycéens et apprentis au cinéma. Chaque année, entre 250 et 300 enseignants participent à ces temps de formation contribuant à l'enracinement du dispositif et au développement de leur culture cinématographique.
Les deux intervenants choisis, Jean-Jacques Manzanera et Charlotte Garson, ont interrogé pendant ces 2 jours la puissance politique du burlesque, et son rôle de critique du pouvoir.
Voici le programme détaillé :
Mercredi 21 - Intervention de Jean-Jacques Manzanera (enseignant et critique de cinéma, intervenant régulier dans Positif et Art press, dernier ouvrage en date : La féline (Atlande/2026)
9h-12h30 : Il s'agit de comprendre comment Chaplin a inventé Charlot puis a voulu le laisser derrière lui pour créer d'autres figures de cinéma. Le dictateur est à la fois un adieu à Charlot et la première de ces figures complexes.
Chaplin n'a eu de cesse d'osciller entre burlesque et registre lyrique. L'émotion pure a même fait l'objet de L'opinion publique, seul film dont il ne tient pas le rôle principal avec le dernier. Il s'agira de comprendre cet alliage unique parmi les grandes figures comiques de son temps.
14h-17h : En interprétant Hinkel, Chaplin ouvre la voie au combat du rire contre la machine de guerre nazie, révélant le potentiel comique de Hitler. D'autres cinéastes, de Tex Avery à Woody Allen en passant par Lubitsch, Mel Brooks ou Jerry Lewis nous feront rire à ses dépends.
Et tout se passe comme si cette relecture avait révélé le grotesque jusqu'à des territoires plus troubles où Hitler devient une figure évidemment comique dans des espaces aussi divers que l'aventure, l'uchronie ou l'expérimentation esthétique.

Jeudi 22 - Intervention de Charlotte Garson (critique, rédactrice en chef adjointe des Cahiers du cinéma, et autrice d’Amoureux (Cinémathèque française/Actes sud), Jean Renoir (Le Monde/Cahiers du cinéma) et Le Cinéma hollywoodien (Cahiers du cinéma/CNDP).
9h-12h30 : projection du Dictateur (C. Chaplin - USA - 1940 - 2h05), suivie d'une analyse et de la projection de Charlot soldat (C. Chaplin - USA - 1918 - 46')
À son retour de la guerre de 1914-1918, un petit barbier juif a perdu la mémoire. Après des années d’hôpital, il retrouve sa boutique dans le ghetto. Mais il découvre un monde en proie à la folie. Un dictateur hystérique, Adenoïd Hynkel, son parfait sosie, sème la terreur dans le pays. Avec l’aide de sa compagne Hannah, le barbier résiste aux SS qui menacent la petite communauté. Il se retrouve acteur malgré lui de cette tragique mascarade…
14h-17h : À l’aide d’analyses de séquences, de photogrammes et d’extraits d’autres films, nous détaillerons l’aboutissement du génie chaplinien dans le travail effectué sur le double, basé sur la ressemblance entre « le petit vagabond », immensément célèbre dès le milieu des années 1910 et Hitler en tant que figure dotée d’une panoplie, d’une gestuelle et d’un phrasé repérables. Nous étudierons aussi les occurrences du discours public dans un film qui allie une étude de l’usage propagandiste de la radio par les nazis et une analyse de sa novlangue.
Cela nous amènera à la question qui fâche : les armes du burlesque, fourbies par Chaplin depuis l’ère du muet et importées dans son premier vrai film parlant, sont-elles « à la hauteur » de la tragédie historique ? C’est en examinant de plus près la structure du film, son scénario et son montage, que nous pourrons répondre à cette question hors de tout a priori idéologique et de toute réduction de ce film inouï à un genre répertorié.